Jardin Serre de la Madone
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Le Jardin Serre de la Madone à Menton à été aménagé à partir de 1924 par le major Lawrence Johnston créateur du jardin Hidcote Manor en Angleterre, ce jardin à l’architecture paysagère unique recèle d’innombrables plantes rares et essences rapportées du monde entier.

Constitué de terrasses, fontaines, pergolas, bassins et statues à l’ancienne, ce paradis terrestre s’offre au regard dans un havre de fraîcheur et de verdure. Classé monument historique en 1990, cet Eden est désormais propriété du conservatoire du littoral.
Lieux de détente et de rêverie, 5,5 hectares où la forêt méditerranéenne est conservée...
Avec son Palazzo et ses jardins, le jardin Serre de la Madone est un centre international des amateurs de plantes rares acclimatées.
Vidéo sur le Jardin Serre de la Madone
Historique
par Michel Racine, Professeur à l’ Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles
Secret comme son créateur, le jardin de La Serre de la Madone à Menton reste caché.
En retrait de la mer, à l’écart du tapage de la Côte d’Azur, la deuxième et dernière œuvre de Lawrence Johnston est un monde à part.
Célèbre pour avoir composé à partir de 1907 Hidcote Manor dans les Costwolds, la mecque des amateurs de jardins et de plantes, Johnston était l’un de ces grands rentiers de la haute société américaine que fascinait la culture du Vieux Continent.
Élevé à Paris et à Cambridge, il devint sujet britannique et, tout naturellement, fut saisi par la très anglaise passion du jardin. Délaissant la direction du domaine agricole que sa mère lui avait acheté, il s’avéra le gentleman jardinier le plus audacieux et le plus influent de son époque.
L’homme était pourtant particulièrement réservé. Il n’écrivait pas et ne laissait guère les photographes fixer une image de lui-même ou de ses inventions paysagères - ne dévoilant celles-ci qu’à un cercle restreint d’amis et de connaisseurs.
Il reste l’un de ces inconnus illustres dont l’œuvre fait l’unanimité et toute la gloire.
Son premier jardin doit sa célébrité à son rachat en 1948 par le National Trust, un organisme soucieux de garder l’esprit de son créateur et de le faire connaître.
Sa conservation et son ouverture au public permirent de très largement diffuser aux amateurs des formes et des idées de jardinage jusqu’alors réservées à quelques rares initiés.
On découvrit que ce jardin avait été pendant quarante ans un véritable laboratoire où le Major Johnston avait su combiner des structures traditionnelles inspirées de l’art des jardins d’Italie et de France avec des plantations débordant d’innovations : fleurissements en grandes tâches monochromes pour les plantes herbacées, association d’arbustes à fleurs de tailles diverses, oppositions des teintes de feuillages dans les haies pour obtenir des marbrés…
Ce domaine où il séjournait avec sa mère devint sa résidence sur la Côte d’Azur et le deuxième jardin où il put exercer son talent.
À la recherche de jardins oubliés, nous avons découvert La Serre de la Madone à la tombée du jour, vers la fin du mois de mars 1982.
Chargé d’inquiétante étrangeté, un cortège de cyprès gigantesques montait la garde en avant d’un élégant et modeste portail qui ce soir-là resta fermé. Au-delà du mur, des magnolias d’Asie commençaient à se couvrir d’énormes fleurs. Quelque temps après, nous avons obtenu l’autorisation de visiter ce jardin pas comme les autres.
Un vieux jardinier solitaire y poursuivait son travail avec amour et un brin de tristesse.
Plus aucun regard autre que le sien ne se posait sur le jardin depuis des années.
Mais grâce à son œuvre modeste, le lieu restait marqué par l’empreinte puissante et subtile de son inventeur.
L’essentiel de l’armature et des ambiances végétales était en place : la serre, le sentier pavé qui escalade la colline, la pergola sinueuse couverte de clématites, l’ancienne serre chaude en forme d’orangerie et les bassins, les cordons de buis déroulés aux pieds des pins parasols aux écorces rouges zébrées de noir, les escaliers menant à travers six terrasses, la tonnelle circulaire, la maison nichée sous une abondante végétation, le jardin espagnol contre la maison, quelques coups d’œil sur la mer, arbres, arbustes, plantes vivaces et bulbeuses remarquables.
L’ensemble dégageait une profonde atmosphère de sérénité. Au moment où l’un de nous a glissé sa main vers un robinet invisible, le jet d’eau du patio s’est élevé doucement. Il n’y avait plus rien à dire, et nous avons senti s’arrêter le cours des choses.
L’année suivante, nous contactions le directeur régional du National Trust pour lui suggérer un jumelage avec Hidcote. Par une heureuse coïncidence, il rentrait d’une visite improvisée à La Serre de la Madone et nous confirmait que l’on y voyait toujours "la main du Major Johnston".
La même année, dans un courrier à Ernest Boursier-Mougenot, W. Ingwersen écrivait que
lorsqu’il était chef jardinier, de 1935 à 1936, "les plantes ne cessaient d’arriver de toutes les parties du Monde" et que "la Serre de la Madone possédait une collection d’arbres rares, d’arbustes et un nombre incalculable de plantes herbacées et de bulbes qui rivalisaient avec le jardin Hanbury à la Mortola".
Au même moment, ce fut pour nous une heureuse surprise et pourquoi pas l’espoir de les voir revenir à Menton, d’apprendre que les plantes emportées par Miss Lindsay avaient été données au jardin botanique de Cambridge.
Tant d’années après, grâce au soin des botanistes anglais, la plupart des deux cents plantes les plus intéressantes restaient vivantes dans les serres de Cambridge…
Et l’on se mit bientôt à faire un rêve et à tenter de le concrétiser. Après des heures grises, ce rêve est aujourd’hui presque réalisé grâce à l’achat du domaine par le Conservatoire du Littoral : retrouver un lien jardinier entre La Serre de la Madone, Hidcote et les grands jardins de Menton et des environs, et en assurer une ouverture mesurée, afin qu’en gravissant les modestes marches ménagées entre les terrasses, chacun puisse un peu mieux voir à travers ses successeurs, l’image de Johnston fixée par Ernest de Ganay en 1936 : "Il vient à vous du fond de ses terrasses en costume de velours, la terre aux mains, tel un jardinier…"
Les travaux occupèrent une équipe de vingt-trois jardiniers et maçons de 1924 à 1929, mais la forme générale fut rapidement donnée. Très dessinée dans sa partie centrale au moyen des murs de soutènement des terrasses et de plantations de buis, la structure offre une succession d’ambiances où alternent - comme à Hidcote mais avec plus de retenue - l’intimité de petites chambres de verdure, des surprises et des perspectives.
Les vues latérales ont été soignées et le tracé se fond progressivement dans le site environnant.
Du bas en haut des terrasses, l’ensemble offre différents microclimats permettant d’accueillir une grande variété de plantes.
Pendant trente-quatre ans, le Major Lawrence Johnston consacra une grande partie de son temps à ce deuxième jardin qui employait douze jardiniers jusqu’à la seconde Guerre Mondiale, puis "seulement" cinq après qu’il eut vendu Hidcote au National Trust.
Il se fixa alors définitivement à Menton avant d’y mourir en 1958, laissant une composition rare sur la Côte d’Azur. Bien que Nancy Lindsay, l’amie et l’héritière du Major qui brûla également les archives qu’elle possédait de Hidcote, ait emporté sculptures, vases d’Anduze et plantes rares transportables, la forme générale est parfaitement intacte et l’on y trouve encore des variétés botaniques de grands végétaux rapportés d’Asie et d’Afrique par Johnston lui-même.
Conscients de la valeur paysagère du lieu, les propriétaires suivants, le banquier Baring puis le Comte de Wurstenberger, assurèrent l’entretien du site jusqu’en 1986.
Car Johnston avait progressivement acquis une connaissance approfondie du monde végétal. Devenu un grand chasseur de plantes, Johnston voulut acclimater les végétaux rapportés de ses expéditions en Afrique du Sud et en Chine qui ne supportaient pas le climat rude de Hidcote. Il acheta à Menton d’anciennes cultures en terrasses dénommées La Serre de la Madone.






































































